Isabelle Magnin : une passion pour la recherche reconnue dans le monde

Premier chercheur de France en radiologie, médaillée de la Légion d’honneur pour ses travaux de recherche, récompensée d’un ‘Friendship Award‘ (plus haute distinction de l’Etat chinois décernée à une personnalité étrangère), Isabelle Magnin, ingénieur ECAM 1977, est une figure de la recherche médicale mondialement reconnue.

Pourquoi avoir choisi ECAM Lyon ?

Au lycée, je me passionnais pour deux grands domaines scientifiques : l’ingénierie et la médecine. C’est suite à la visite du directeur de l’époque d’ECAM Lyon dans mon établissement, que j’ai fait mon choix : j’allai devenir ingénieure.

En 1972, quand j’ai intégré la formation d’ingénieur généraliste ECAM Arts et Métiers, cela faisait à peine 2 ans qu’elle accueillait des femmes dans ses rangs, et nous n’étions que deux dans ma promotion ! Malgré la charge de travail importante, j’ai beaucoup apprécié ces années d’études, et notamment leur aspect pratique.

Quel est votre parcours professionnel ?

À la sortie de l’Ecole, souhaitant poursuivre mes études, j’ai continué avec un DEA (Diplôme d’Études Approfondies) en Analyse Numérique à l’Ecole Centrale de Lyon. J’ai ensuite effectué une thèse de Docteur-Ingénieur(e) à l’INSA Lyon, en contrat avec Framatome, en Traitement du Signal, à destination de la surveillance des centrales nucléaires. Le Professeur Robert Goutte, mon directeur de thèse, deviendra un véritable mentor pour moi.

Mon diplôme de docteur ingénieur en poche, je décide de revenir à ma 1ère passion : la médecine. Après 5 mois de cours de médecine, je postule à l’INSERM à Paris, et deviens le premier chercheur dans cette nouvelle discipline de la Radiologie en France. À l’INSERM, je passe successivement par les postes d’Attachée puis Chargée de recherche, avant de devenir Directrice de Recherche. En partenariat avec le Professeur Michel Amiel, je me lance dans l’imagerie médicale tout en poursuivant certains travaux pour l’industrie. C’est ainsi que j’introduis en Contrôle Non Destructif (CND) une méthode d’analyse d’image que j’ai développée pour la santé et qui nous vaudra, à mes doctorants et moi-même, la médaille d’or de l’Innovation de la Société Européenne de CND. En 1987, je soutiens ma thèse d’Etat qui concerne la conception d’un nouveau  scanner X capable de reconstruire un cœur en 3D en mouvement. Ce sont les premiers pas de l’imagerie dynamique cardiaque. Les modèles et les méthodes de traitement d’images réalisés au fur et à mesure des années suivantes serviront également à l’imagerie vasculaire, et même à la détection du cancer du sein chez la femme.

En 2001, je prends la Direction du laboratoire CREATIS, le Centre de Recherche en Acquisition et Traitement d’Image pour la Santé. Rapidement reconnu par l’INSERM, le CNRS, l’Université Claude Bernard Lyon 1 et l’INSA Lyon, le laboratoire approche ses problématiques de manière transversale, se basant sur l’interaction entre sciences de l’ingénieur, technologies de l’information et de la communication, informatique et sciences du vivant. Je suis devenue directrice de ce centre précisément pour faciliter l’organisation et développer l’interdisciplinarité en Sciences du Vivant.

J’ai aujourd’hui quitté la Direction de CREATIS pour me consacrer pleinement à mes recherches personnelles, ainsi qu’à la gestion d’un laboratoire International Associé (LIA) dont je suis à l’origine: MetisLab. En 2014, en collaboration avec un ancien étudiant chinois devenu professeur au Harbin Institute of Technology (HIT) en Chine, nous avons créé ce laboratoire franco-chinois suite à mes nombreux travaux en partenariat avec la Chine.

Vous avez reçu de très hautes distinctions pour vos travaux de recherche. Est-ce important ?

Ma recherche m’a effectivement valu de belles distinctions. La Chine m’a décerné une chaire d’Excellence scientifique « Chang Yang », puis en 2012  la « Médaille de l’Amitié », reconnaissance de l’importante collaboration scientifique entre nos pays. Ce « Friendship Award » chinois est la plus haute distinction que ce pays réserve à un expert étranger.

Par ailleurs, Mme Odile Macchi, Directrice de Recherche CNRS et académicienne, m’a remis la Médaille de la Légion d’Honneur en 2015, en récompense de mes travaux de recherche et de mes actions de coordination  de la communauté scientifique nationale et internationale. Je tiens néanmoins à souligner que le but de toutes mes recherches est de faire progresser la médecine, pas de me mettre en avant ! Plus que des honneurs il m’importe d’obtenir des avancées scientifiques utiles pour la Société.

Je suis d’ailleurs revenue à mes premières amours, en quittant la Direction de CREATIS pour me consacrer à nouveau pleinement à la recherche. Je travaille désormais à mieux connaitre l’ultrastructure 3D du tissu cardiaque humain grâce à une imagerie novatrice dans ce domaine qu’est l’imagerie synchrotron par contraste de phase à l’échelle du micron. C’est passionnant ! Je passe également beaucoup de temps à travailler un autre type d’image : la peinture à l’huile !

Quel conseil donneriez-vous aux futurs diplômés ECAM Lyon ?

Mon premier conseil est bien-sûr de rester ouvert, ouvert aux autres et ouvert au monde : regardez ce qu’il se passe ailleurs, apprenez  plusieurs langues… Vous découvrirez alors d’autres cultures, d’autres façons de penser, et pourrez concevoir le monde dans sa globalité. C’est également un bon moyen pour se tenir informé des différentes avancées dans le domaine qui vous intéresse.

Il faut également oser. Oser se lancer, oser demander de l’aide lorsqu’on est dans l’impasse (que ce soit à une personne ou à une institution), et surtout oser l’échec. Une erreur n’est pas une fatalité, mais un apprentissage supplémentaire ! Avec un peu de persévérance et des objectifs bien dimensionnés, tout peut être accompli.