Monin Mécanique : 3500 visières pour lutter contre le coronavirus

Face à la crise sanitaire mondiale inédite, des initiatives solidaires émergent dans différents secteurs. Monin Mécanique a été particulièrement réactive. Dès le début de la crise, cette PME industrielle dans l’usinage de précision a redéfini son activité pour créer des milliers de visières de protection. Distribuées dans les hôpitaux et centres sanitaires de la région, ces dernières contribuent à la protection du personnel médical, en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Sébastien Monin, Directeur Général de Monin Mécanique et ingénieur ECAM Arts et Métiers (promo 2010) nous parle de cet engagement.

Quelle est l’activité habituelle de Monin Mécanique ?

Nous sommes une entreprise familiale, qui compte aujourd’hui 44 personnes, dans l’usinage de précision. Nous travaillons pour des secteurs variés comme l’équipement automobile ou l’aéronautique. Nous créons par exemple des pièces de régulation de moteur. Nous intervenons sur des marchés de niche, et livrons à nos clients des produits de haute précision en petites quantités (50  pièces en moyenne par lot de production). Nos clients ont en charge la partie conception, mais nous leur amenons toute notre expertise d’usinage.

Que fait votre entreprise pour lutter contre le coronavirus ?

Via notre réseau, nous avons pu récupérer des plans d’impressions 3D de visières de protection pour les soignants. En les adaptant à notre processus de fabrication pour en faire une version usinable, puis en se mettant en lien avec nos fournisseurs de matière première, nous avons pu proposer aux centres sanitaires de la région le don de ces visières.

Le retour des hôpitaux et des cliniques fut si important que nous avons dû créer une cagnotte Leetchi pour faire face à leur besoin. Cela nous a permis d’augmenter considérablement notre capacité de production : au total, nous avons pu fournir gratuitement plus de 3 500 visières au personnel médical de la région !

Heureusement, beaucoup de personnes de notre réseau viennent nous aider de manière bénévole : les salariés de l’entreprise déjà, en dehors de leur temps de travail, mais aussi nos familles et nos amis. Sans eux, rien ne serait possible.

A partir de plans d’impression 3D, Monin Mécanique a créé une version usinable pour produire des visières de protection en grande quantité

Pourquoi un tel engagement ?

Dès le début du confinement, nous avons voulu être utiles en aidant le personnel soignant. Nous avions les machines, le savoir-faire et les compétences : pourquoi ne pas les mettre à disposition face à cette crise hors du commun ? Cela aurait été un vrai gâchis de ne rien faire.

Je suis convaincu qu’une entreprise a  rôle sociétal et doit contribuer au bien commun. En temps de crise majeure comme celle que nous vivons, chacune doit réfléchir à une adaptation nécessaire de son activité.

Comment s’est passée cette adaptation ?

Les premiers jours, on a commencé par tout faire à la main : le polissage, les finitions, … Mais quand on a compris que la capacité de fabrication devait augmenter, on a dû s’organiser différemment, à travers des îlots de production bien définis pour optimiser la production. On a créé des postes spécifiques, et décomposé la production en plusieurs tâches. Ça m’a rappelé ma formation en Lean Management à l’ECAM ! Nous avons également réorganisé les espaces de travail, en dédiant une salle à la production des visières de protection.

Tous nos salariés étaient motivés pour participer à la lutte face au Covid-19 !  Ils se sont relayés, avec les bénévoles, pour travailler en demi-journées sur les pièces nécessaires. Nous n’avons jamais manqué de bras, y compris pour la livraison aux centres médicaux.

Une réorganisation de l’espace de travail a été mis en place pour produire les visières de protection

Comment aider le personnel médical à son échelle ?

Chacun peut jouer pour le bien commun. Les petits ruisseaux font les grandes rivières !

On voit beaucoup d’élans de solidarité à tous les niveaux : les étudiants qui donnent leur temps en bénévolat, les chefs d’entreprises qui offrent des services, … Je pense d’ailleurs que ces derniers doivent montrer leur solidarité, notamment en aidant davantage leurs salariés que leurs actionnaires.

Je pense que pour réussir à sortir de la crise actuelle, il faut que chacun à son niveau agisse tant pour l’économie que pour la santé : il faut faire tout son possible pour limiter la crise économique – car seul un pays fort économiquement peut offrir à ses citoyens un système de santé performant -, tout en continuant à respecter les gestes barrières et les préconisations sanitaires.

Que va changer cette crise pour votre entreprise ?

A titre personnel, cette crise a renforcé ma conviction qu’une entreprise doit avoir un rôle social au sein d’une société.

Au niveau de Monin Mécanique, l’objectif premier est de garder nos emplois face à une probable crise durable. C’est dans cette optique que nous sommes actuellement organisés en chômage partiel. Nous allons également essayer de garder en ligne de mire les objectifs que nous nous sommes fixés, et notamment celui de déménager d’ici quelques temps dans une usine plus grande afin d’avoir la capacité de nous orienter vers de nouveaux marchés. Et pourquoi pas celui de la santé !

D’une manière plus générale, je pense que la nature profonde humaine partagée entre altruisme et égoïsme ne changera pas demain mais espérons néanmoins que  la nature de cette crise  amènera autant les industriels et que les politiques à se tourner vers un égoïsme plus intelligent c’est-à-dire un égoïsme qui voit loin. Nous avons  des raisons d’envisager des changements durables malgré tout, et ainsi de rester optimiste pour l’avenir !

Plus de 3500 visières de protection ont été produites et envoyées gratuitement au personnel médical